Entretien, Stockage du CO₂
8 Min.

MACH - MAde in KoCH

Le «MACH» constitue un pilier central du nouveau quartier Koch à Zurich (Altstetten/Albisrieden) et a été réalisé par le développeur de projets et investisseur SENN. Il s’agit d’une surface commerciale pour la production urbaine d’environ 10'000 mètres carrés de surface utile (extensible à près de 15'000 mètres carrés) destinée des activités de production et de création médiatique et numérique, au commerce, à la restauration ainsi qu’à des offres de formation et de perfectionnement. Au rez-de-chaussée, la boulangerie Walter Buchmann emménagera avec son atelier de production et fera de ce rez-de-ville un lieu animé, empreint d’un savoir-faire artisanal de qualité. Le «MACH» illustre la synergie entre une construction robuste, une utilisation flexible et un béton durable. Johannes Eisenhut nous a fait part de ses réflexions sur le concept, les défis et les solutions.

MACH - MAde in KoCH

Surface commerciale durable pour la production urbaine

Le «MACH» se caractérise par des hauteurs sous plafond exceptionnelles, de larges trames de piliers et des charges utiles élevées. Cette structure permet aux locataires d’aménager des espaces en mezzanine si nécessaire. Cela permet de presque doubler la surface utile effective par mètre carré loué. Les surfaces locatives peuvent être divisées et adaptées de manière flexible. L’offre comprend aussi bien de petites unités d’environ 150 mètres carrés que la location d’étages entiers. Conçue comme un «lieu propice aux productions urbaines», cette surface commerciale se distingue par une accessibilité et une logistique bien développées. Ses trois noyaux équipés de monte-charges le rendent attractif pour un large éventail d’utilisateurs.

«Il a fallu réaliser des fondations complexes pour cette surface commerciale», explique le chef de projet Marc Dreyfus à BETONSUISSE. Quatre grosses pompes ont permis d’abaisser le niveau de la nappe phréatique d’environ six mètres. Le bâtiment repose sur environ 160 pieux forés d’une longueur de près de 35 mètres et d’un diamètre de 70 à 120 centimètres. Les pieux forés sont constitués de béton recyclé enrichi en CO₂. Ces pieux empêchent tout soulèvement du bâtiment au début des travaux et, à terme, tout affaissement, en raison d’un niveau de nappe phréatique situé au-dessus des joints de reprise des murs et des dalles du sous-sol. Étant donné qu’aucun ancrage extérieur des palplanches n’était possible, il a fallu assurer le soutènement depuis l’intérieur. Le radier a donc dû être réalisé en deux étapes.

Le bâtiment présente une structure à ossature avec des piliers préfabriqués et des cages d’escalier en béton. Les étages et les faux plafonds ont été exclusivement réalisés en béton recyclé enrichi en CO₂. Les murs ont été réalisés en béton autocompactant (SCC), la hauteur de plus de six mètres et la forte densité d’armatures rendant toute vibration du béton techniquement impossible. Les murs extérieurs sont constitués d’un support en bois massif recouvert de panneaux à trois couches en épicéa. Ces derniers sont laissés bruts et visibles à l’intérieur. Les cloisons séparant les espaces locatifs sont construites de la même manière. Toute la partie nord-ouest du bâtiment repose sur trois poutres en acier robuste, soutenues par des colonnes en béton préfabriquées et remplies de béton.

Les surfaces en béton du bâtiment sont toutes de type 2 (BOK1), ce niveau de finition étant facile à obtenir avec du béton recyclé. Afin de pouvoir réaliser des dalles à haute capacité portante aussi fines que possible (30 centimètres), il a fallu installer une poutre dans la trame des piliers. Cette poutre ne mesure que 50 millimètres, mais elle est entièrement renforcée par des barres d’armature de 20 millimètres.

Un réservoir d’eau de pluie est enterré sur le côté sud du bâtiment. Il alimente le système d’arrosage des plantations des terrasses, celui des plantations de la façade côté sud et les chasses d’eau des toilettes.

La phase de gros œuvre a été relativement courte, puisqu’elle n’a duré que 12 mois. Les systèmes de tables de coffrage ont permis de couler le béton d’une dalle d’environ 2'500 mètres carrés en quatre étapes. Les travaux préparatoires et l’installation ont commencé en janvier 2024, le sous-sol a été achevé à la mi-juin 2024 et le gros œuvre a été terminé fin janvier 2025. La capacité portante des sols est de 2'000 kg par mètre carré au rez-de-chaussée, 1'000 kg du premier au troisième étage et 500 kg dans les combles.

À l’instar de l’ensemble du quartier Koch, le «MACH» vise le label Minergie-P-Eco. L’approvisionnement en énergie repose sur le chauffage à distance, combiné à des sondes géothermiques pour une production de chaleur supplémentaire. La première pierre a été posée fin 2023. Le projet sera prêt à être occupé à la mi-2026. Les coûts de construction sont estimés à 55 millions de francs.

Le «MACH» a été conçu et réalisé par le développeur de projets et investisseur SENN de Saint-Gall. Fondée en 1965, cette entreprise familiale est spécialisée dans l’aménagement de sites et le développement de projets, ainsi que dans la construction et la commercialisation de biens immobiliers commerciaux et résidentiels. L’entreprise s’est constamment engagée dans la construction durable, avec pour objectif de respecter les normes de durabilité les plus exigeantes.

Interview de Johannes Eisenhut 1

BETONSUISSE a interrogé Johannes Eisenhut, directeur général de Senn Development AG, au sujet du projet «MACH».

Le quartier Koch à Zurich a été développé par quatre promoteurs: deux coopératives d’habitation, la ville de Zurich et votre entreprise. C’est dans ce cadre que votre entreprise a conçu et réalisé la surface commerciale «MACH».
Comment s’est déroulée la collaboration avec les autres promoteurs?
En 2017, Kraftwerk 1, ABZ et Senn ont répondu ensemble à l’appel d’offres lancé par la ville de Zurich pour le quartier Koch. Kraftwerk 1 et Senn se connaissaient et s’appréciaient déjà grâce à leur étroite collaboration sur le projet Zwicky Süd, plusieurs fois primé. Ainsi, dès la phase de candidature, s’est développée une collaboration très amicale et engagée, aboutissant au concept gagnant «Quartier Koch – une recette typiquement zurichoise». La poursuite de la collaboration entre les promoteurs immobiliers et la ville de Zurich, à la fois en tant que promoteur du parc et en tant que centre de coordination des processus et de la communication, s’est également avérée très constructive. En toute sincérité, je peux dire que ce fut un plaisir! Outre nos partenaires ABZ et Kraftwerk 1 et les protagonistes de la ville, je tiens à mentionner l’agence Thiesen Wolf, qui a porté et coordonné ce projet avec dévouement au cours des neuf dernières années pour le compte des promoteurs immobiliers.

Qu’est-ce qui a poussé votre entreprise à participer au développement du quartier Koch?
Il s’agissait d’un projet soumis à de nombreuses exigences, telles que la construction durable, la gestion des immissions et des émissions, l’utilisation efficace des énergies renouvelables, ainsi que la prise en compte de la biodiversité et du climat urbain.
Nous avons déjà remporté le prix SIA Umsicht Award pour la surface commerciale «NOERD» – conçu pour les frères Freitag et Aroma, le constructeur du Böögg – et avec le lotissement Zwicky Süd. Parce que nous aimons mettre la barre haut. Le fait que la ville ait fixé des exigences élevées dans son appel d’offres ne nous a donc pas découragés, bien au contraire, cela nous a mis au défi. Pour nous, la durabilité n’est pas une obligation, mais bien une volonté. C’est pourquoi nous avons conçu le MACH non seulement conformément à la norme Minergie-P-eco, mais aussi selon la certification SNBS Platine.

À quelles utilisations la surface commerciale «MACH» est-elle destinée et à quelles exigences doit-elle répondre?
Nous voulions concevoir un bâtiment très robuste, capable d’accueillir de véritables sites de production. L’année de la candidature au projet Koch, j’ai fondé l’initiative «Made in Zürich» en collaboration avec Markus Freitag et la ville de Zurich. C’est là que j’ai rencontré de nombreux entrepreneurs qui produisent encore aujourd’hui (ou à nouveau) dans la ville de Zurich: du savon, des machines à café, des denrées alimentaires... C’étaient nos clients cibles. Parallèlement, nous avons conçu le bâtiment de sorte que son cachet industriel séduise aussi des entreprises plus technologiques. Outre la boulangerie, le «MACH» abrite également des entreprises spécialisées dans la robotique, la production média et la mode.

Avec un volume de construction de plus de 15'600 mètres carrés et plus de 5,7 mètres de hauteur sous plafond, la consommation de matériaux est naturellement élevée.
Quels choix spécifiques en matière de conception ou de matériaux ont été faits pour réduire au minimum l’énergie grise tout en garantissant la robustesse requise pour un usage commercial?/strong> Nous avons principalement utilisé du béton recyclé enrichi en CO₂. Aucun autre type de construction ne peut être envisagé pour une structure capable de supporter une charge utile de 1'000 kg sur cinq étages et une hauteur de 30 mètres.

En quoi ce projet illustre-t-il les principes de la construction durable?
La statique est très optimisée et efficace. Nous avons une façade en bois massif. Les espaces en mezzanine intérieurs sont réalisés en bois. Sur le toit, nous avons notre «Energy Box»: des installations techniques de pointe, recouvertes de panneaux photovoltaïques et végétalisées. Nous disposons également d’une façade végétalisée et irriguée par l’eau de pluie. Le bâtiment est gris clair afin d’absorber le moins de chaleur possible. C’est ainsi que nous obtenons les certifications Minergie-P-eco et SNBS Platine.

À propos de la «ville-éponge»:
comment ce concept se manifeste-t-il dans la surface commerciale «MACH»?
Nous disposons de surfaces de rétention sur le toit, dans les bacs à plantes de la végétalisation de la façade, ainsi que d’un réservoir d’eau de pluie servant à l’arrosage des plantes et aux chasses d’eau. Par ailleurs, Grün Stadt Zürich nous a demandé de limiter la construction des parkings souterrains au périmètre du bâtiment. L’ensemble du parc Koch ne comporte aucune construction en sous-sol.

Sur le toit, des zones de sable ont notamment été aménagées afin d’offrir des espaces de nidification aux abeilles sauvages et aux insectes.
Quelle intention sous-tend cette mesure?
Nous avons désormais, dans presque tous les projets SENN, divers éléments installés sur les toitures plates à végétalisation extensive. C’est également le cas pour le Switzerland Innovation Park Basel Area, que nous construisons à Allschwil. La biodiversité constitue un enjeu majeur auquel nous entendons contribuer.

À l’intérieur, le «MACH» peut accueillir de petites entreprises industrielles grâce à sa grande hauteur sous plafond et à la forte capacité portante de ses sols. (Visualisation:
À l’intérieur, le «MACH» peut accueillir de petites entreprises industrielles grâce à sa grande hauteur sous plafond et à la forte capacité portante de ses sols. (Visualisation:
La structure du «MACH» permet d’intégrer des niveaux en mezzanine selon les besoins. (Visualisation:
La structure du «MACH» permet d’intégrer des niveaux en mezzanine selon les besoins. (Visualisation:

Une durabilité radicale et une grande flexibilité s’opposent souvent à la rentabilité.
Quels arguments ou calculs ont convaincu votre entreprise d’investir dans un projet comme le «MACH», qui peut s’avérer plus coûteux à court terme, mais qui offre une valeur ajoutée à long terme?
La durabilité en soi n’est pas un «bien» pour lequel les gens sont prêts à payer. C’est un constat que nous faisons régulièrement. En revanche, un produit qui séduit par son efficacité, sa flexibilité, son esthétique, sa qualité et sa durabilité est attractif pour les entreprises. C’est l’ensemble qui doit être cohérent.

Considérez-vous le projet «MACH» comme un projet unique ou comme un modèle pour le développement urbain futur de Zurich?
Selon vous, quels éléments de ce projet pourraient être facilement transposés à d’autres immeubles commerciaux?
De mon point de vue, le processus de développement, tel qu’il a été mené par la ville et les promoteurs immobiliers, a indéniablement valeur d’exemple. Il en faudrait davantage! À mon sens, l’articulation entre parc, coopératives et activités commerciales – c’est-à-dire la «recette» que nous mettons ici en œuvre – peut également être considérée comme un modèle. Il reste toutefois à en apporter la preuve dans la pratique. Quant à savoir si le «MACH» deviendra lui-même un modèle, c’est aux autres d’en juger. Personnellement, je trouve que le principe de la double hauteur sous plafond dans le cadre d’un indice de masse bâtie est réussi, car il offre aux locataires de grandes qualités d’usage et une grande flexibilité. Ce n’est pas vraiment novateur: nous avons pu nous inspirer officiellement du Yond et aller plus loin dans la réflexion. À mon sens, le «MACH» orchestre avec brio un véritable dialogue urbain entre une agréable façade côté parc, dotée de magnifiques balcons et loggias, et une desserte nord à l’expression plus robuste. Et bien sûr, la diversité des utilisateurs: le «MACH» accueille des entreprises dont la ville peut être fière.

Portrait:

Enfance et scolarité au Mexique, aux États-Unis et en Suisse

12 ans de carrière professionnelle en snowboard, parallèlement à des études de langue et littérature allemandes et de journalisme à Fribourg (lic. phil. I dipl. journ.)

3 ans en tant que directeur marketing Europe chez Burton Snowboards

2 ans en tant que co-initiateur d’une start-up de mode en ligne avec les frères Freitag

12 ans en tant que cofondateur de l’agence de publicité et de design d’entreprise /Department United Creative Forces (aujourd’hui FCB Zurich), parallèlement à une thèse en linguistique cognitive (Dr phil.)

13 ans en tant que directeur général de Senn Development AG, co-initiateur de l’initiative «Made in Zürich», co-initiateur de l’initiative «Made in St. Gallen», membre du conseil consultatif de l’OST

Acteurs du projet

Architecture:
groupe de travail Käferstein Meister et Ekinci Architekten

Paysage:

Ingénieur civil

CVCSE:
Anima Engineering AG, Bâle;

Durabilité:

Physique du bâtiment:

En savoir plus sur le béton:

Projets, Économie circulaire, Béton recyclé

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