Quels facteurs ont joué un rôle dans la gestion plus responsable du matériau de construction béton et quels conseils donneriez-vous aux autres ?
- Conserver au lieu de remplacer
- Géométrie symétrique
- Volume compact
- Reprise directe de la charge verticale
- Portées courtes (ou solives/nervures)
- Remettre en question les exigences en matière de physique du bâtiment (insonorisation interne)
- Séparation des systèmes (éviter les incorporés)
TRANSFORMATION ET COMPACTAGE
Que signifie une transformation partielle dans ce projet ?
AS : La belle structure en béton de l’ancien garage automobile FIAT des années 1950 peut être en grande partie conservée : une valeur ajoutée en termes de culture architecturale, mais aussi d’utilisation et d’écologie !
Qu’est-ce qui a pu être conservé et qu’est-ce qui sera nouvellement construit ?
AS : La halle à sheds, ainsi que l’espace d’exposition et de montage du garage sont en grande partie conservées, y compris le sous-sol. La tour d’habitation, le garage souterrain (1er sous-sol) et l’abri antiaérien (2e sous-sol) sont les éléments centraux de la nouvelle construction.
Quelle influence la conservation du bâti existant a-t-elle sur la planification de la nouvelle construction de la tour d’habitation ?
AS : Outre les thèmes habituels liés à l’utilisation du bâti existant, s’ajoutent ici quelques défis en matière de construction des fondations et de logistique de chantier.
Pourquoi la densification sera-elle importante à l’avenir (quelle est la recette du succès)?
AS : «La ville des courtes distances» est le mot-clé : la densification interne permet non seulement de limiter la zone d’habitation, mais aussi de réfléchir à de nouveaux concepts de mobilité, à une mobilité rationnelle et écologique dans le quotidien des habitants.
À quoi se heurte la construction densifiée ?
AS : Souvent, la densification ne remporte pas l’adhésion des personnes concernées : les nouvelles constructions de remplacement éloignent trop souvent les personnes de ce à quoi elles sont habituées dans l’environnement résidentiel et donc entraînent une perte d’identité. Les tours d’habitation permettent une densification ponctuelle tout en préservant les bâtiments existants et les espaces libres.
DURABILITÉ
Pouvez-vous nous parler des trois composantes de la durabilité – l’écologie, l’économie et le social – à partir de ce projet ?
AS : L’écologie a été le point de départ dans le choix du mode de construction. À cela s’ajoute le type de construction de l’immeuble de grande hauteur avec sa compacité presque imbattable, qui entraîne une réduction de l’enveloppe extérieure ou de la déperdition de chaleur. Ces dernières caractéristiques ainsi que la faible consommation de terrain sont également des facteurs économiques essentiels. La mixité des usages dans le socle, la loggia urbaine publique, l’espace extérieur rendu public et les équipements collectifs pour les habitants sont des facteurs sociaux importants.
Comment faut-il évaluer la tour en termes d’économie circulaire (déconstruction) ?
AS : En évitant largement l’utilisation d’incorporés dans la structure en béton, à l’exception de l’acier d’armature, et en laissant la plupart des surfaces en béton brutes, on garantit une séparation et une réutilisation simples des matériaux de construction après la déconstruction. Malheureusement, le système ne va pas jusqu’à permettre un démontage modulaire et une réutilisation directe.
Les immeubles de grande hauteur sont-ils durables ?
AS : Les immeubles de grande hauteur ne sont en soi pas plus durables. Mais c’est justement dans les endroits bien desservis qu’ils peuvent contribuer à un mode de construction dense et économe en ressources, avec une faible mobilité quotidienne, ainsi qu’à une consommation économe du terrain. L’alternative serait de construire en largeur. Ce qui nécessiterait en revanche de la superficie et le périmètre ne serait pas exploité de manière optimale.
Comment la construction (en béton) peut-elle répondre aux exigences de durabilité et d’efficacité énergétique ?
AS : Le béton armé est le principal matériau de construction actuel. La production de béton consomme toutefois des ressources et émet du CO2. Tant les entreprises que la recherche travaillent à l’amélioration écologique de la production de béton. Il y a toutefois aussi un potentiel d’amélioration dans la planification. Ce que nous pouvons apprendre du passé, c’est une utilisation économe et responsable des ressources – également pour le béton.
Comment l’approvisionnement en énergie est-il assuré ?
AS : Pompe à chaleur aérothermique, récupération de la chaleur des eaux usées, façade avec installation photovoltaïque
Une réaffectation ultérieure est-elle possible ?
AS : En principe, oui : la tour d’habitation est conçue avec une ossature. À l’exception du noyau, tous les murs sont réalisés en construction légère.
Quelle certification de bâtiment (SNBS, BREEAM, LEED) est visée pour le bâtiment ?
AS : La certification SNBS Or est prévue.
Quelle est la tâche de l’architecte, de l’ingénieur(e) en ce qui concerne la construction durable (avec du béton) ?
AS : Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de construire des bâtiments optimisés sur le plan énergétique avec une faible consommation d’énergie en fonctionnement. Le bilan énergétique global devient important. Et ce, sur l’ensemble du cycle de vie. D’autres thèmes, comme le comportement des utilisateurs en matière de mobilité, sont ainsi mis en avant.
BÉTON ET SYSTÈMES DE DALLES
D’où provient le béton ?
AS : La centrale à béton sera déterminée par le maître d’œuvre, qui n’est pas encore mandaté pour le moment. Quoi qu’il en soit, l’objectif est de réduire le trajet de transport.
Quelle est la quantité de béton (masse) qui peut être économisée par rapport à une tour d’habitation standard de même dimension ?
AS : On économise environ 1450 m3 ou 3400 t de béton.
Quelle est la quantité de CO2 qui a pu être économisée par rapport à une tour d’habitation standard de même dimension ?
AS : Avec les formulations de béton prévues, l’économie est d’environ 330 tonnes.
Une construction entièrement en bois ou une construction hybride serait-elle plus écologique ? Quels sont les avantages du béton dans ce projet ? Pourquoi a-t-on opté pour le béton ?
SB : La comparaison des types de construction par les spécialistes de la durabilité (développement durable) a révélé que la construction en bois ne présentait aucun avantage écologique particulier. D’une part, la structure en béton a été radicalement allégée afin de minimaliser la consommation de CO2. D’autre part, la protection incendie des constructions en bois, en particulier, implique l’utilisation d’un revêtement gourmand en matériaux et complexe à mettre en œuvre.
Construction des dalles : la structure du plancher est de 31 cm au total. Qu’en est-il si on la compare à un immeuble de grande hauteur standard ?
SB : Aujourd’hui, en Suisse, on construit généralement des planchers d’environ 40 à 42 cm (28 cm de béton, 3 à 4 cm d’isolation phonique, de chape (flottante) et de revêtement de sol).
Comment peut-on obtenir un plafond de 14 cm ?
SB : La portée des dalles est réduite au minimum en posant, tous les 3,60 m, des solives préfabriquées d’une section de 40 x 30 cm. En les reliant de manière monolithique aux minces éléments en béton préfabriqués avec un surbéton, il est possible de réaliser une portée de huit mètres. Cette construction structurée permet d’obtenir un équivalent en béton d’à peine 18 cm, alors qu’une ossature conventionnelle avec des portées comparables nécessiterait des dalles plates de 28 cm d’épaisseur.
Quelles sont les portées optimales ?
SB : La portée optimale est une question d’épaisseur de dalles. Ce n’est que si, comme dans le cas présent, l’insonorisation interne n’est pas assurée par la masse de béton et que, en outre, peu de conduites techniques sont posées dans le béton, que l’épaisseur de dalles peut être optimisée ou minimalisée, conformément aux exigences statiques. Pour les dalles plates, l’épaisseur minimale est de 20 cm afin de garantir la résistance au feu de 90 minutes requise dans la construction de bâtiments élevés. Dans le cas d’une construction à ossature avec une trame de piliers carrés régulière, des portées de quatre mètres seraient ainsi les plus économiques. Avec des solives ou des murs porteurs disposés en cloisons et des dalles tendues sur un seul axe, l’épaisseur de ces dernières pourrait être ramenée à 10 cm en ce qui concerne les exigences de protection incendie. Pour des raisons de construction, l’épaisseur de dalles ne devrait toutefois pas être inférieure à 14 cm, ce qui permet de qualifier la portée choisie de 3,6 m d’optimale.