André Fankhauser, qu’est-ce qui vous a amené à devenir plongeur professionnel?
L’eau. J’ai grandi au bord du lac de Bienne, juste à côté de la centrale de Hagneck. Lorsque nous étions enfants, il était normal pour nous de passer nos journées dans le lac. La plongée me fascine depuis mon enfance.
Et cela en Suisse, un pays sans littoral?
Oui, même si plus tard j’ai travaillé pendant un an aux Philippines comme moniteur de plongée. Mais mon cœur battait pour la Suisse, et pour la plongée professionnelle. Pendant dix ans, j’ai travaillé et sillonné le pays pour une entreprise suisse romande. En 2000, j’ai fondé TAF Taucharbeiten avec mon épouse.
Vous souvenez-vous de votre première mission?
Oui, très bien. C’était dans l’Aar. Des travaux de piquage étaient nécessaires pour une passe à poissons. Ils consistaient à retirer de la matière et à l’évacuer afin de créer l’espace nécessaire à l’installation. C’était assez dur. On est en droit de se demander si on veut vraiment faire ça. Mais je voulais aller au bout de la mission. Cette persévérance m’a marqué et elle m’accompagne encore aujourd’hui.
Qu’est-ce qui vous fascine le plus?
Le fait de chercher des solutions. Sous l’eau, beaucoup de choses sont imprévisibles. Il faut faire preuve de créativité, improviser, parfois même trouver des approches entièrement nouvelles. Sous l’eau, il faut savoir improviser. C’est précisément cela qui rend mon métier unique.
Un quotidien où règnent froid, obscurité et précision
La plongée offre-t-elle un rafraîchissement bienvenu en été?
Certes, en été, on transpire avant de plonger dans l’eau. Mais dès 25 mètres de profondeur, la température est toujours de quatre degrés – un froid glacial, quelle que soit la saison.
Et comment ça se passe en hiver?
En hiver, nous sommes bien emmitouflés. Il faut être solide, en bonne condition physique et résistant.
Comment se maintenir en forme?
Notamment en faisant du sport. Mais la Suva prescrit également des examens médicaux réguliers.
Et qu’en est-il de la visibilité? Peut-on voir quoi que ce soit dans l’eau trouble?
Ça dépend. Dans le lac de Neuchâtel, j’ai déjà pu voir jusqu’à 100 mètres. Mais sur les chantiers, l’eau devient trouble assez rapidement. Il faut alors faire preuve d’imagination. Nous travaillons d’après des plans et des briefings, tout en restant en contact permanent avec l’équipe se trouvant à la surface. Les caméras sont peu utiles, mais nous utilisons des transmissions en direct pour les inspections.
Combien de temps dure généralement une intervention?
Généralement, 2 à 2,5 heures par plongée et deux plongées par jour. À plus grande profondeur, parfois une seule.
Et si l’on doit aller aux toilettes?
Alors, on remonte. Pas possible de faire autrement.