Les acteurs du béton, Entretien
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Des fontaines jaillissent grâce au béton

La fontaine était autrefois le pivot de chaque ville et de chaque village. En plus d’être des sources d’eau vitales, les fontaines ont toujours été un lieu de rencontre et d’échange d’informations. Aujourd’hui, l’approvisionnement en eau potable proprement dit est généralement caché dans le sous-sol. À Rüschlikon, le fontainier responsable Christopher Crameri, montre comment le béton permet de stocker de l’eau propre en toute sécurité.

Des fontaines jaillissent grâce au béton

Pour que de l’eau potable propre coule toujours à flots

On continue à en trouver dans chaque agglomération, mais l’approvisionnement en eau potable proprement dit a disparu depuis longtemps dans le sous-sol. Dans un monde auquel peu de personnes ont accès. Et ce, pour une bonne raison. Les installations de fontaines modernes sont gigantesques et doivent fournir des performances énormes. Des agglomérations entières veulent boire, cuisiner, se doucher ou arroser les plantes de leur balcon. On ouvre le robinet et on obtient, sans même y penser, de l’eau potable propre et irréprochable. Pour qu’une installation puisse fonctionner le plus longtemps possible, il faut la construire avec soin. Mais les installations de fontaines ont, elles aussi, une date d’expiration: d’une part en raison de l’évolution démographique, d’autre part pour des raisons techniques liées à la construction. Depuis les années 1950, la population est passée de 4,7 à un peu plus de 9 millions d’habitants. Certaines installations doivent donc être rénovées notamment pour des raisons de capacité.

Nous illustrons à l’aide d’un exemple actuel ce qu’il faut faire pour construire en secret des fontaines miraculeuses aux prouesses architecturales. Une nouvelle installation est actuellement en cours de construction à Rüschlikon, au bord du lac de Zurich. L’ancienne, en partie centenaire, va être remplacée. Nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec le fontainier responsable. Christopher Crameri dirige l’approvisionnement en eau de la commune de Rüschlikon, au bord du lac de Zurich, et s’est prêté à une interview. La nouvelle installation aura une capacité considérablement accrue. Elle passera de 2'500 m3 à un total de 4'300 m3. Cela représente environ 30'000 baignoires remplies d’eau à ras bord.

Aperçu de la fontaine de Rüschlikon
Aperçu de la fontaine de Rüschlikon

Le béton comme récipient pour boire

Pour répondre aux exigences élevées en matière d’hygiène, on utilise du béton pour eau potable. L’objectif est d’éviter toute contamination de l’eau par des polluants. Le béton doit en outre être imperméable et ne doit pas être attaqué par l’eau douce. Pour cela, il faut un ciment de qualité particulièrement élevée et à haute résistance, avec peu de substances solubles, et un granulat très propre. Le rapport eau/ciment doit présenter une densité élevée et être résistant aux sulfates. Il faut utiliser de l’eau potable pour le gâchage. Ce sont là autant d’exigences qui excluent d’emblée toute contamination. C’est ainsi qu’un cube en béton devient un véritable récipient pour boire.

Beat Spörndli de Strabag dirige les travaux. Il nous explique comment on parvient à obtenir une surface en béton aussi lisse que possible. En effet, de petites irrégularités ou des phénomènes de bullage pourraient retenir l’eau trop longtemps et favoriser la formation de bactéries. C’est pourquoi le sol est recouvert de monobéton. Pour ce faire, la surface est poncée et rendue «monolithique», d’où le nom. Sur les murs, c’est bien sûr plus difficile, car les ponceuses ne peuvent pas se déplacer verticalement. On utilise alors un film spécial qui est tendu entre le coffrage et le béton. Ce film permet d’obtenir des murs lisses et conformes aux exigences. 

Les réservoirs de Rüschlikon sont actuellement en cours d’achèvement. Dès qu’ils seront mis en service, la construction du réservoir voisin suivra. L’approvisionnement reste ainsi assuré pendant la durée du chantier. L’installation sera achevée fin 2027. Ensuite, seule l’entrée restera visible. Les réservoirs se trouveront alors sous terre. Ainsi, les températures de l’eau potable dans les puits restent constantes. «C’est vraiment dommage que l’ouvrage finisse par disparaître sous terre», estime Beat Spörndli.

Christopher Crameri, fontainier responsable à Rüschlikon
Christopher Crameri, fontainier responsable à Rüschlikon

Le maître des esprits des fontaines

Nous avons eu le privilège de nous entretenir avec Christopher Crameri, fontainier responsable à Rüschlikon. Les sujets abordés ont porté sur l’eau, source de vie, la construction de fontaines et ce qui le tient en haleine dans son activité.

Êtes-vous né sous le signe du Verseau? Pas vraiment. Je suis Bélier, ascendant Capricorne. Mais je suis bien sûr très proche de l’élément eau. Et, au sens figuré, j’apporte de l’eau aux gens. En ce sens, je suis naturellement aussi un Verseau.

Comment êtes-vous devenu «fontainier responsable»? Étant plombier de formation, tout ce qui touche à l’eau m’a toujours passionné. Cela m’a motivé à me former davantage dans ce domaine. Je suis d’abord devenu projeteur en technique du bâtiment, puis constructeur de piscines. Le métier de fontainier responsable a toujours été pour moi le nec plus ultra. Je suis donc très heureux de pouvoir exercer le métier de mes rêves. 

En quoi consiste exactement ce métier? En gros, il s’agit avant tout d’acheminer la denrée alimentaire la plus essentielle qui soit vers la population. Le parcours va du réservoir, en passant par les conduites de distribution, les vannes et les bouches d’incendie, jusqu’au bâtiment concerné. Je veille, ou plutôt nous veillons, à ce que l’eau soit toujours disponible en quantité suffisante et d’excellente qualité. C’est pourquoi je me réjouis que la nouvelle installation de Chopfholz nous permette de disposer d’une infrastructure encore meilleure. 

Vous êtes à peine visible quand vous travaillez. Votre lieu de travail reste caché sous terre. Êtes-vous une sorte de lutin? Si l’on veut, oui. Mais parfois, on me voit. En cas de rupture d’une conduite d’eau, je suis immédiatement sur place. 
 

Le terme de fontainier a une connotation assez médiévale. Êtes-vous également responsable des fontaines historiques en surface? Ça a son charme. Beaucoup de gens ont une idée de ce qu’est un fontainier. Je dis alors généralement que je travaille dans le secteur alimentaire. Et oui, je suis également responsable des fontaines du village. Celles-ci fournissent d’ailleurs toutes une eau potable de première qualité.

N’en a-t-il pas toujours été ainsi? Toutes les fontaines n’étaient pas raccordées au réseau d’eau potable. Ces fontaines avaient également un petit panneau d’information avec un robinet barré. Et les fontaines, comme celles au bord du lac, sont également alimentées directement par l’eau du lac. Mais les fontaines du village continuent d’avoir une fonction de secours. Dans le pire des cas, on pourrait toujours aller chercher de l’eau potable à la fontaine du village, comme au Moyen Âge.

Au Moyen Âge, la peur des fontaines empoisonnées était très répandue. Cette crainte est aujourd’hui infondée. Cela dit, il n’est sans doute pas si facile d’accéder à une installation fontaine? Non, les installations sont bien fermées et même sécurisées par un système d’alarme. Il s’agit principalement de normes d’hygiène élevées. Aucune bactérie ne doit se développer. Nous souhaitons donc que le moins de personnes possible pénètrent à l’intérieur de l’installation. 

Combien de temps l’eau reste-t-elle dans le réservoir avant d’être utilisée? La limite est de 72 heures maximum. Chez nous, le stock d’eau est renouvelé une fois toutes les 12 à 24 heures. 

Combien de temps l’eau reste-t-elle impeccable sur le plan sanitaire? Dans la mesure du possible, l’eau potable ne doit pas stagner, mais rester constamment en mouvement. Comme indiqué précédemment, la durée de séjour dans un réservoir moderne est de 72 heures au maximum. Dès que l’eau est exposée à l’air, que les températures sont élevées et qu’il n’y a pas de mouvement, sa qualité se détériore nettement plus rapidement. Ce phénomène est particulièrement visible dans les pataugeoires pour enfants: une couche d’algues peut se former au fond du bassin après seulement une journée. 

Comment savoir si la qualité de l’eau fluctue? Nous vérifions la qualité quotidiennement. D’abord visuellement, puis par l’odeur, et nous la goûtons également. De plus, nous contrôlons bien sûr la qualité en permanence en laboratoire.

Les énormes réservoirs d’eau sont en béton. Cela ne sent-il pas mauvais? Un béton spécial pour l’eau potable est utilisé. Ensuite, le réservoir est lavé, humidifié, rempli à titre d’essai, puis vidé. Le béton pour l’eau potable est ensuite traité au peroxyde d’hydrogène (H₂O₂) et nettoyé à nouveau. Après un nouveau remplissage, nous testons la qualité de l’eau en laboratoire. Si tout est conforme aux normes de qualité, le réservoir peut être raccordé au réseau. 

Les conduites sont-elles également en béton? Différentes qualités sont utilisées pour les conduites. À l’intérieur de l’installation, nous utilisons de l’acier chromé. C’est certes extrêmement cher, mais cela garantit une qualité d’eau optimale. Les conduites d’eau pour la distribution aux consommateurs finaux sont souvent en acier recouvert d’une couche de plastique. Il existe aussi des conduites en fibrociment ou en polyéthylène haute densité. Parmi les fontainiers, le matériau des conduites est en partie une question de croyance. Nous en discutons fréquemment.

D’où vient l’eau et comment? Chez nous, de l’eau du lac et de l’eau de source sont injectées dans le réseau. D’autres installations sont alimentées par des eaux souterraines. Dans le lac, l’eau est aspirée assez profondément, presque au fond du lac. La couche d’eau lacustre la plus profonde est la plus propre et la plus adaptée. 

Où est-elle «purifiée»? L’eau du lac est purifiée dans l’installation d’eau du lac. L’eau de source provient de la région de Biberbrugg. Cette eau est purifiée en plusieurs étapes jusqu’à ce qu’elle arrive chez nous dans le réservoir.

Que fait l’approvisionnement en eau potable pendant un été caniculaire? Il fournit. Grâce au lac de Zurich, nous n’atteignons en fait jamais nos limites. On peut donc arroser ses rosiers en toute confiance, même pendant un été caniculaire. Néanmoins, il est important pour nous de ne pas gaspiller l’eau. L’eau est un bien très précieux, même si, chez nous, elle est extrêmement bon marché, disponible en quantités énormes et d’une qualité de consommation optimale.

Vous faites partie du réseau d’eau potable de Kilchberg, Rüschlikon, Thalwil, Horgen. Est-ce que vous vous entraidez en cas d’urgence? Par exemple, si Zurich manque d’eau? Ou Wädenswil? Oui, bien sûr. Comme c’est le cas actuellement pour la nouvelle construction. Pendant la construction de mon installation, nous nous approvisionnons en eau auprès des autres. Et inversement. L’échange au sein du réseau est excellent.

Qu’est-ce qu’une chambre de captage au juste? Ce n’est sans doute pas la salle de repos des fontainiers, n’est-ce pas? Non, ce n’est pas un lieu où l’on joue au jass ni où l’on boit le café en papotant. Il s’agit d’un puits dans lequel l’eau de source est pompée ou captée, comme on dit. D’ailleurs, la chambre de captage est souvent également construite en béton.

L’eau est-elle une denrée rare? Grâce à nos installations, nous ne manquons pas d’eau. Nous vivons néanmoins ici dans des conditions très privilégiées. Dans combien d’endroits peut-on simplement ouvrir le robinet et obtenir à tout moment une eau potable d’excellente qualité? Pour moi, l’eau potable est la denrée alimentaire la plus importante qui soit. Tout comme le sel, elle est devenue une évidence pour de nombreuses personnes. Nous y travaillons chaque jour pour que cela reste ainsi. 

Pratiquez-vous des sports nautiques ou êtes-vous un véritable mordu d’eau? Et comment! Natation, wakeboard, surf et plongée. Plus il y a d’eau, mieux c’est! 

Est-ce que vous plongez aussi dans le réservoir si nécessaire? Non, on ne va dans le réservoir qu’avec un équipement de protection. Et si des travaux sont nécessaires, l’eau est préalablement vidangée. Mais il existe des plongeurs spécialisés qui plongent notamment dans les grands puits d’eau souterraine pour y effectuer des inspections. Je préfère les plongées en mer.

Qui a la meilleure eau potable du pays? Y a-t-il vraiment des différences notables? C’est bien sûr un sujet qui fait beaucoup parler chez nous, et les avis à ce sujet sont donc nombreux. Bien sûr, je ne jure que par notre eau potable de Rüschlikon. Parmi les eaux que l’on trouve dans la restauration, c’est presque Eptinger que je préfère. J’aime beaucoup sa note minérale.

Entretenez-vous des contacts à l’étranger? Y a-t-il des rencontres internationales de fontainiers? Non, pas du tout. Mais nous nous réunissons une fois par mois au sein de notre association locale sur la rive gauche du lac de Zurich. Et il y a l’association des fontainiers, qui organise régulièrement des échanges. 

Seriez-vous tenté par un projet humanitaire international autour du thème de la construction de puits, par exemple au Sahel? Ce serait bien sûr formidable! Transmettre pendant six mois ou plus mes connaissances sur l’eau, l’hygiène et la construction de puits. Mais ma femme et mon patron seraient probablement moins enthousiastes.

Dans quel type de logement vivez-vous? Bois ou béton? Les deux. Le béton en harmonie avec le bois! Comparable à notre réservoir, où le béton et l’eau forment une équipe parfaite.

Monsieur Crameri, merci beaucoup pour cet entretien!

Quelques chiffres sur la nouvelle installation de Rüschlikon:

  • Démolition de béton/béton armé: 750 m3
  • Excavation/enlèvement: 8360 m3
  • Travaux de béton/béton armé: 2400 m3
  • Travaux de coffrage: 8000 m2
  • Directives : mise en œuvre selon la norme SSIGE W6, normes les plus strictes en matière d’hygiène, d’exploitation et d’entretien
  • Respect des normes SIA en vigueur: SIA 118/262, SIA 272, SIA 190
  • Qualité du béton: béton spécial pour l’eau potable
  • Traitement de surface: coffrage recouvert d’un film spécial (Zemdrain)

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